Débridée, intimiste et généreuse la musique de Smoking Mouse en appelle aux sens. Fondé en 2011, ce Duo impose sa propre identité s'inscrivant dans la musique jazz par le biais d'un discours narratif mêlant écriture originale et improvisation.C'est un réel et singulier voyage que propose ces deux musiciens à travers ce projet aux esthétiques multiples, à la fois exigeant, libre et surprenant par sa richesse de timbre et ses différentes dynamiques.







Christophe Girard, accordéon, composition
Anthony Caillet, trompette, bugle; euphonium

 

 

 

"Le temps qu'il fait sur les bords de Marne : il est beau. Et le temps du retard, une bourre de quelques minutes suffisantes pour louper le premier morceau de Smoking Mouse, duo accordéon et trompetteS qui ouvre la journée. Je ne parlerai pas non plus de ce premier morceau. Tout ce qu'on peut rater...
J'arrive sur ''Nebula'', titre bien nommé : Anthony Caillet souffle de pesantes fondamentales à l'euphonium et laisse Christophe Girard se dépêtrer dans son solo d'accordéon, avec tout cet espace ça doit être dur. Mais tout va bien. Ils inversent, ça continue d'aller ; de plus en plus nébuleux. L'euphonium, c'est quand même un sacré instrument. Dans les bras musclés et déliés d'Anthony Caillet, un bébé bercé avec tendresse et une très grosse voix. Anthony Caillet en fait un peu tout ce qu'il veut de ce sacré instrument, comme cette respiration continue sur ''Finish'' le mal-nommé – ça n'était pas la fin, ndlr – utilisée pour façonner des sons d'exotique indécision. Presque, on eut dit des chants ditoniques tibétains.
Le duo joue avec un plaisir évident les compositions de l'accordéoniste Christophe Girard qui constituent leur jeune répertoire. Dans ce dernier, on trouve : un gros travail sur les timbres, qui fait souvent reprendre les thèmes par chacun des instrumentistes pour en explorer la matière mélodique (''Fixed''), une sophistication harmonique de l'écriture qui fait belle la part de la virtuosité, et on ne s'en plaint pas. Beaucoup d'effets également, souvent efficaces : crescendo ostinatés, ostinato crescendisés, modulations, groove associé à un lyrisme très ouvert, beaucoup de choses fort bien conçues, qui surtout donne à entendre des échappées marquantes, notamment ce solo dément de Girard sur ''Impedance'', proprement scandaleux."

Pierre Tenne - DJAM

Samedi, c’est par un splendide duo que débute la deuxième journée de ce festival. Le jeu d’Anthony Caillet apparaît comme une publicité vivante pour l’euphonium tant il démontre à chaque morceau l’extraordinaire éventail de possibilités de cet instrument. Sur Nebula, morceau éponyme de leur disque (paru chez Klarthe, distribution Harmonia mundi), il fait des merveilles. Son intervention, après une introduction poignante de Christophe Girard est d’une douceur sidérante. Dans les notes qu’il produit, il semble ne garder que l’enveloppe du son. Il émet une série de phrases à la légèreté liquide, comme une symphonie de bulles, avant que le son ne se charpente progressivement. Un peu plus tard (je crois que c’est dans Finish) il explore les possibilités de l’euphonium dans le grave, avec des phrases renforcées par l’accordéon qui joue à l’unisson. Dans un autre morceau, Impedance, on entend l’euphonium s’ébattre dans l’aigu. Cela fait comme des petit serpentins et suggère une forme de fragilité attendrissante. Il y a quelque chose d’émouvant à voir les éléphants (baryton, saxophone basse, tuba ou euphonium) adopter des attitudes de ballerines…
Quand il n’est pas à l’euphonium, Anthony caillet est au bugle et à la trompette. Certes, tous ces instruments relèvent de la même aire linguistique puisqu’ils sont en si bémol, mais passer à l’autre demeure un vrai défi. Anthony Caillet se sort de l’exercice haut la main. Il utilise pleinement le registre de chacun, avec par exemple des aigus fermes et bien tenus à la trompette, et même, sur un ou deux morceaux des effets Wah-Wah (mais sans sourdine) à l’ancienne.
Cette virtuosité instrumentale est mise au service des compositions de l’accordéoniste Christophe Girard. Elles sont d’un lyrisme épuré. On relève beaucoup d’espace dans ces compositions (et dans les improvisations qui les prolongent). Cette dimension lyrique et mélodique forte se double d’une sorte d’urgence qui doit beaucoup à Christophe Girard. C’est lui, qui sans cesse, verse de l’huile sur le feu. Il propulse des lignes de basse ardentes, vibrantes, dynamiques qui obligent Anthony Caillet à donner le meilleur de lui-même. Christophe Girard sait aussi donner du volume à la musique grâce à sa virtuosité polyrythmique. Dans son chorus sur Impedance, il ajoute de nouvelles voix à la main gauche et à la main droite, donnant une dimension orchestrale à cette musique jouée en duo.
Après le concert, on discute quelques minutes avec Anthony Caillet, que l’on interroge sur les avantages et la difficulté de passer d’un instrument à l’autre. Côté avantage, il relève que la pratique de ces différents instruments est comme une « gymnastique mentale »: « Quand je joue de la trompette ou du bugle, il ne faut surtout pas que je pense comme un euphoniste. Il faut que je fasse des phrases dans la logique de chaque instrument; Du coup cela enrichit mon jeu quand je repasse à l’euphonium! ». Et côté difficultés: « La trompette et le bugle n’ont pas les mêmes nécessités physiques que l’euphonium. A l’euphonium il faut une grande quantité d’air, mais à la trompette et au bugle ce qui compte, c’est la vitesse de l’air, Quand je passe de l’euphonium au bugle je me retrouve à faire de longues phrases, le réservoir est toujours plein, mais si je passe de la trompette à l’euphonium, je suis parfois à court d’air! ». Parmi la multitude de projets dans lesquels Anthony Caillet est impliqué, on note un duo avec le fantastique tubiste François Thuillier que l’on peut notamment entendre avec Andy Emler, Jean-Marie Machado ou Patrice Caratini.

JF Mondot - "Jazz Magazine"

ll n’y avait pas beaucoup de groupes français à Ystad, et guère de duos non plus, d’où l’intérêt de venir écouter, au musée d’art de la ville, Smoking Mouse — que personnellement je ne connaissais pas du tout. Un duo réunissant un accordéoniste (Christophe Girard) et un souffleur pratiquant à la fois la trompette, le bugle et l’euphonium (Anthony Caillet), voilà qui n’est pas courant.

Et, en l’occurrence, nous avons affaire non seulement à des instrumentistes de haut niveau mais aussi à des musiciens inspirés, lyriques, capables de swinguer de façon intense comme de donner corps à des mélodies originales d’inspiration souvent folkloriques, parfois jazz. Une musique en partie écrite, où les lignes des deux instruments s’entrecroisent avec un art consommé du contrepoint, et où l’improvisation a également toute sa place. Une musique où, par ailleurs, l’alliance inhabituelle des timbres produit un son de groupe inouï et au charme évident. Entend-on fréquemment ce duo dans les salles et festivals français ? C’est à vérifier. En tout cas c’est tout à l’honneur du festival d’Ystad d’avoir déniché ces deux enchanteurs et de les avoir fait découvrir à un public ravi.

Thierry Quénum - "Jazz Magazine"




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